afrique_id_recuesPrésentation

En utilisant les savoirs acquis et en identifiant la part de vérité et d’erreur que les idées reçues peuvent receler, cet ouvrage donne à voir une Afrique complexe et plurielle qui ne peut se réduire à des représentations schématiques.

« L’Afrique reçoit plus d’argent qu’elle n’en rembourse. Ce sont les Africains les plus pauvres qui migrent vers l’Europe. Le tribalisme explique tous les conflits. L’Afrique n’est pas prête pour la démocratie. La solidarité africaine relève de la générosité. Les Africains sont tous polygames. L’agriculture africaine est archaïque et figée. Les cultures de rente concurrencent les cultures vivrières. Les Africaines font trop d’enfants et sont soumises. L’économie informelle est la voie pour un développement à l’africaine ». Qui n’a pas entendu ou lu ce florilège d’idées reçues sur l’Afrique subsaharienne ?

Si elles cherchent à expliquer le « naufrage » du sous-continent, elles traduisent aussi souvent des peurs, de l’arrogance ou du mépris et de la désespérance. Tout ceci débouche sur des visions de l’Afrique criminelle ou victime, exploitée ou suicidaire selon le type de responsabilités que l’on veut établir devant le tribunal de l’histoire.

L’Afrique des idées reçues est un ouvrage collectif regroupant trente auteurs, dont cinq chercheurs du Cirad : Marie-Rose Mercoiret et Géraud Magrin, du département "Territoires, environnement et acteurs", Véronique Alary, Eric Vall et Bernard Faye, du département "Elevage et médecine vétérinaire".

Il a été rédigé sous la direction de Georges Courade, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (Ird) et professeur associé à l’université Paris 1.

L’Afrique des idées reçues
Sous la direction de Georges Courade
Collection Mappemonde
Ed. Belin
Paris, 2006



Lire également l'entretien
avec l’auteur paru dans Le Figaro du 20 octobre 2006

Les africains sont pauvres, paresseux, polygames, corrompus. Ils dilapident les richesses naturelles, sont incapables d'intégrer le progrès et se livrent des guerres forcément tribales. Autant de stéréotypes que Georges Courade, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), et une trentaine de spécialistes ont disséqué.

LE FIGARO. - Pourquoi un tel livre ?

Georges COURADE. - Les médias montrent une Afrique qui meurt et qui souffre. Notre projet était d'étudier celle qui vit et marche. Les Français croient connaître l'Afrique en vertu du lien historique qui nous lie. Aujourd'hui avec la valorisation médiatique des famines, des pandémies ou des guerres, c'est la porte ouverte aux stéréotypes. Tout cela nourrit des peurs millénaires dans une Europe en proie à un fort sentiment d'insécurité. Pour beaucoup, l'Afrique est un mouroir aux portes du Vieux Continent, avec en corollaire les risques épidémiques, terroristes et migratoires que cela induit. Dans ces idées reçues, il y a parfois une part de vérité, mais la généralisation est abusive. Comme lors des émeutes en banlieue en novembre dernier, quand on a sous-entendu que les enfants de polygames étaient plus délinquants que les autres. Cela n'a, bien sûr, aucun fondement scientifique. Voilà pourquoi nous avons essayé de décortiquer cinquante idées reçues pour ceux qui veulent essayer de jauger le continent africain autrement qu'avec commisération et commencer à le comprendre dans sa complexité. Nous ne posons ni diagnostic euphorisant, ni prospective catastrophique, juste une évaluation au plus près de la réalité.

Le seuil de pauvreté est fixé à moins de deux dollars de revenus par jour. Or vous bousculez cette idée...

Le regard occidental estime que la pauvreté, c'est d'abord une question de ressources, que l'on a ou pas, et que les situations divergent fondamentalement entre celui qui se situe en-deçà ou au-delà du seuil d'un ou deux dollars par jour. Mais être pauvre en Afrique, cela signifie avant tout être seul. Un griot (NDLR : conteur) par exemple, sans aucun revenu, aura toujours à manger. On passe en effet beaucoup de temps à maintenir le lien social en Afrique, et nous avons beaucoup à apprendre en France sur ce sujet.

De la même manière, on a trop tendance à croire ici que les milliers d'immigrants africains que l'on voit épuisés échouant sur les plages espagnoles, sont l'image même de la misère se déversant chez nous. Ce n'est pas si simple. Ne serait-ce que, parce que, pour être candidat au départ, il faut disposer de 1 500 à 5 000 euros pour payer les passeurs. Ces migrants - même si, selon nos critères européens, ils sont plus pauvres et moins éduqués que nous - sont en fait le plus souvent les éléments les plus dynamiques de leurs sociétés, instruits, entreprenants et, pour ces raisons, ils sont sélectionnés par leurs clans pour s'exiler. Ainsi, c'est plus la misère des États africains qu'il faut invoquer que la pauvreté réelle des migrants.

Pourquoi l'industrialisation ou les nouvelles technologies ne pourraient-elles pas être des facteurs de développement pour l'Afrique ?

Je ne crois pas à l'industrialisation rapide de l'Afrique comme cela a été le cas en Asie. Certains secteurs, quelques rares pays font exception à la règle, mais il ne faut pas oublier que la majorité de ce continent est encore rurale. Mieux vaut donc soutenir l'agriculture. Et pourquoi pas promouvoir une vraie filière bio, sur ce continent qui n'utilise pas de pesticides par exemple et dont les consommateurs européens sont friands. Quant à Internet ou la téléphonie mobile, il est vrai, en tout cas pour cette dernière, qu'elle a connu un essor exponentiel récemment. Mais ils sont loin, en l'état actuel des choses, d'avoir réduit la pauvreté, ces technologies ayant eu un usage plus social qu'économique pour l'instant. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer l'esprit d'entreprise, bien réel en Afrique.

Quelles sont les raisons d'espérer ?

Le bonus démographique peut jouer favorablement, comme cela a été le cas en Asie, d'autant que les moins de 15 ans, qui représentent 45 % de la population, sont formés. A condition, toutefois, que d'autres choses viennent en soutien. Enfin si vous prenez le cas de l'Irlande, en 1845, le pays connaissait encore la famine, et aujourd'hui il affiche le plus fort taux de croissance des pays de l'OCDE. Ce n'est pas exclu qu'il se passe la même chose sur le continent noir.

Source: le Figaro du 20 octobre 2006